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Aoû17

Interview BRNS

Categories // News, Interviews

Par Clément Gasc (Agorafrog)

Photo : Elise Grynbaum

En collaboration avec Agorafrog

Difficilement étiquettable, la pop alambiquée tout aussi lumineuse du groupe belge BRNS, met l’emphase sur la texture sonore, distillant un vrai rock cérébral qui se caractérise par des signatures rythmiques non conventionnelles. Une musique subtilement hybride, qui passe du lo-fi au post-rock en passant par le math rock. Lassé sans doute par les rythmes standards de la pop, le combo bruxellois envoûte l’auditeur par son jeu de batterie tentaculaire, ses harmonies parfaites et ses percussions euphorisantes qui sonneraient à merveille dans le chœur d’une église. Une « heavy pop » bardée de sons d’orgues solennels et de lignes de guitares aériennes à la Wu Lyf où rien n’est laissé au hasard ! Laissez-vous enivrer par les petits décalages rythmiques et les prouesses instrumentales de Tim “Clijsters” Philippe, Antoine Meersseman, Diego Leyder et César Laloux qui réinventent une pop avec une ferveur quasi spirituelle.

Voir la video live de "Mexico"

Quel est le style musical auquel vous aimez être associé ? 

Antoine : Pour nous, tout ce qu’on fait reste de la pop. On n’a pas la prétention de faire autre chose que de la pop, mais on peut parler d’heavy pop, c’est de la pop un peu plus musclée. On apporte aussi d’autres éléments, certains disent qu’on fait de la pop expérimentale. C’est un mot qui veut à la fois tout et rien dire. En gros, de la pop avec des influences qui viennent du math-rock, du post-rock, de l’afrobeat…On essaie de rester à la fois dans ce domaine-là et d’avoir quand même une ouverture vers autre chose.

Les morceaux de BRNS sont souvent assez éloignés du format pop song, est-ce un choix délibéré ?

Tim : Quand on a commencé à composer Antoine et moi, on ne s’est fixé aucune limite, ni aucunes contraintes, dans la manière d’aborder la composition. Il y avait une sonorité pop dans les mélodies, dans les petits instruments qu’on utilisait, mais on ne s’est pas dit « tiens on va faire de la pop  ». On était sur Garage Band et à chaque fois qu’on avait une idée, on rajoutait une piste et puis ça s’est fait très naturellement.

Antoine : C’est marrant, mais on parlait de ça il n’y a pas longtemps ! Qu’est-ce que c’est le format pop en fait ? César qui fait les percus et les synthés disait que la pop, pour résumer c’est un format « couplet-refrain, couplet-refrain ». Moi je crois que la pop c’est essentiellement des harmonies, des choses assez mélodieuses, loin des structures alambiquées, avec des structures à tiroirs qui vont se croiser et s’imbriquer.

Les scènes post-rock et math-rock ont-elles eu une influence déterminante sur votre musique ?

Tim : Ça se retrouve surement ! On a beaucoup écouté toutes les musiques du genre post-rock ou math-rock. Ce sont des choses qui nous ont fortement touchées. C’est quelque chose qui nous a beaucoup nourris, mais on n’essaie pas spécialement de s’identifier à ça.

Et des groupes comme Foals ou Bombay Bicycle Club ? Ont-ils influencé votre son ?

Antoine : Ce sont des groupes qu’on apprécie, mais c’est dur de quantifier l’influence qu’ils ont eu sur nous. Le fait d’avoir écouté plein de choses que ce soit des Foals ou des trucs beaucoup plus barrés, a juste élargi le champ des possibilités dans notre musique. Avant, on faisait de la pop pour midinettes, un peu bateau. On s’est dit qu’on pouvait se prendre beaucoup plus la tête sur des petits arrangements et des trucs rythmiques, justement des choses qui vont se croiser, pour créer quelque chose d’organique et pas quelque chose de super figé. Je pense à Phoenix, moi j’aime beaucoup ce qu’ils font, mais tu sens qu’au niveau du son, il n’y a rien qui dépasse. Nous on voulait aller triturer les sons, avoir une démarche même parfois un peu lo-fi. On a fait sept titres sur notre mini-album et j’ai l’impression qu’il y a beaucoup d’ambiances différentes, même si on retrouve les mêmes instruments. On se retrouve peu dans la pop mainstream, la pop indie ne nous correspond pas. Nos morceaux sont à la fois très éclatés et très homogènes, parce qu’il y a toujours des rappels, je crois que ça donne un truc assez mouvant, mais en même temps il y a une logique qui est très présente.

Comment travailler vous votre son ? Qu’utilisez-vous ?

Tim : Ça été assez intuitif. Quand on s’est retrouvé tout au début, c’était dans une cave chez mes parents, on s’est mis à travailler avec des petits casio minuscules au son très eighties, c’est ça qui a fait l’originalité de notre son.

Antoine : Oui, tout en sortant du côté 8-bit genre Metronomy, ce n’était pas ces trucs-là… c’était plutôt des sons d’orgue un peu pourave, je pense à Casiotone For The Painfully Alone, le mec fait tout sur des casio pour enfants, sans que ça sonne cheap. On a avancé à tâtons en prenant des instruments et en y ajoutant par la suite des effets. On a travaillé de cette manière-là, tout en rajoutant d’autres choses. Par exemple, il y a beaucoup de boucles de guitares qui se font en direct, on voulait vraiment quelque chose de vivant et pas simplement un mec qui va faire sa partie dans son coin.

Quel a été l’élément déclencheur à la création de BRNS ?

Tim : On avait joué dans quelques autres groupes, c’était une sorte d’entrainement surtout pour la scène. A un certain moment, on a vraiment commencé à élargir notre champ musical, on a découvert la pop indie avec des artistes tels que Menomena, Le Loup ou Animal Collective. Ce sont des choses qui nous ont vraiment aidées pour découvrir notre propre son. On s’est retrouvé à deux avec Antoine et on a eu envie de faire quelque chose qui nous était vraiment personnel. BRNS est vraiment le premier groupe qui nous correspond à fond.

Antoine : En écoutant plein de trucs différents, on s’est dit qu’on avait envie de faire quelque chose de sérieux et d’aller plus loin. A ce moment-là, tous nos amis musiciens, avec qui nous avions des projets, nous ont un peu lâchés et on s’est retrouvé à deux, un peu par défaut. Tim et moi étions sur la même longueur d’onde, dans le sens où nous étions super motivés. On se voyait en répètes, c’était un peu dur, on n’avait rien…On partait de rien du tout, on composait à deux, on était super enthousiastes. On y allait à fond et on était tellement sur la même longueur d’onde que ça a commencé à aller très vite. On a ensuite proposer à des gens de jouer avec nous, parce qu’on estimait avoir une certaine patte et ça, on voulait le garder ! Même si à l’époque, on ne tournait pas du tout, personne ne nous connaissait, mais on était persuadé que c’était la ligne de conduite à suivre. Après nous avons eu Diego qui est arrivé à la guitare et c’est à ce moment-là que nous avons pu commencer à faire du live.

Comment souhaitez-vous que votre musique soit perçue ?

Tim : On a toujours fonctionné en totale liberté, en se disant qu’on allait faire les choses et qu’on verrait bien. Au début, avant même d’enregistrer, on a composé cinq ou six morceaux, et on ne savait pas du tout comment ça allait être perçu, ni comment on allait les jouer en live. Ça été notre logique et ça l’est toujours aujourd’hui !

Antoine : C’est un peu plus complexe maintenant. On a sorti notre mini-album et on sait qu’en France il y a de l’intérêt. On risque de le sortir ici. On sent qu’il y a des gens qui attendent des choses de notre part. On a recommencé à recomposer il y a quelques semaines. Moi à titre personnel, ça me stresse un peu, je me dis qu’est-ce qu’on va bien pouvoir sortir maintenant, est-ce qu’on va toujours être dans la même démarche. Mais quand on rentre dans un local, on s’en fout, on veut faire un truc qui nous plait. On n’est pas un groupe qui fait  des concessions pour vendre plus de disques ou pour plus tourner. Ce n’est pas du je-m’en-foutisme, mais nous sommes là pour la musique. C’est assez simple, quand on a composé le mini-album, personne ne nous connaissait, c’était un peu notre jardin secret. On se demandait comment il allait être reçu, mais dans le fond on s’en fichait, on était déjà super content d’avoir sorti quelque chose et de pouvoir se dire qu’on était totalement en phase avec ce qu’on avait fait. C’est la première des satisfactions, après il y a le live, c’est chouette évidemment, le public…on ne va pas s’en plaindre, c’est une super reconnaissance. Mais le leitmotiv, c’est de respecter nos volontés.

Rock-en-Seine c’est pour bientôt ! Comment préparez-vous cette date ?

Tim : Je pense que c’est toujours pareil. En fait, on arrive, on a une histoire qu’on raconte sur scène, et nous sommes vraiment très solidaires car on se regarde à fond. Il y a quelque chose qui se passe et on espère que le public va recevoir cette énergie. Mais j’ai l’impression qu’on est toujours sur la même démarche, quel que soit la scène.

Antoine : Oui pour l’instant c’est un peu le but, on n’a pas envie de proposer un show putassier, avec un mec qui va se la ramener, le bellâtre de service. Nous, on a envie d’être un gros block et de déployer une grosse énergie qui vient des tripes. C’est aussi parce que nous sommes un jeune groupe qu’on a cette démarche, on arrive et on a vraiment envie de tout casser. Nous ne sommes pas sur la réserve. On est là pour tout donner et surtout pour ne pas faire semblant.

Pouvez-vous cumuler plusieurs activités artistiques ?

Antoine : Complètement. C’est super parce que nous sommes très en phase avec ça. Le projet avance, mais on peut travailler en équipe et tout ça reste nos choix. Donc ça c’est génial ! Après ce qu’il y a de dramatique, c’est qu’on peut trouver des gens super talentueux, un mec avec sa guitare qui compose un truc à pleurer. Ce gars est peut-être dans sa cabane, il bosse son morceau à un endroit et ça se perd dans la masse. Ça s’est super dommage, parce que tu te dis que les gens qui vont y arriver sont ceux qui vont jongler et proposer autre chose que de la musique. Naturellement, on a été amené à gérer d’autres aspects et ça nous a beaucoup emballés.

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