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Aoû02

Interview Sarah W.Papsun

Categories // News, Interviews

Par Clément Gasc (Agorafrog)

Photo : Elise Grynbaum

En collaboration avec Agorafrog

Les Sarah W.Papsun possèdent un véritable talent, une patte et une force scénique qui les caractérise, même si une poignée de puristes marmonneront que des artistes anglais ont déjà fait la même chose. Leurs influences britanniques et leur faste sur scène les placent au-dessus du lot, le ton est donné par des guitares à la précision mathématique qui devraient séduire tous les fans d’indé. Comme leurs cousins oxfordiens éloignés de Foals ou de Jonquil, ils possèdent un son aussi varié que communicatif, mais les ressemblances sont superficielles, tant la prestation d’Erwan au chant et les guitares jubilatoires prouvent bien que l’ensemble n’est pas que du plaisir sonore censé être une pâle copie facile d’un groupe britannique archi précurseur dans le genre.

Voir le clip de "Hey Hey"

« Sarah W.Papsun c’est vraiment six individualités qui font le groupe, six personnalités en interaction, ce n’est pas un leader avec les bidules bidules derrière. Sarah W. Papsun c’est volontairement une personnification, on est six mecs et le groupe c’est une personne» (Guillaume de Sarah W.Papsun)

La rencontre entre les membres a-t-elle été fortuite ?

Guillaume : La rencontre ? Elle est fortuite, oui dans un sens… forcément comme souvent. Au départ, ce sont trois potes de Reims qui se rencontrent au collège. Moi je suis ami avec Erwan ainsi qu’avec Germain, on s’est rencontrés comme ça ! Il y a des projets musicaux à l’époque…après chacun fait un peu sa vie et on se retrouve tous les trois quasiment dix ans plus tard sur Paris. Moi je faisais un peu de batterie, Germain était guitariste/clavier et nous nous sommes dit qu’il serait bon de trouver un bassiste. Puis Germain a pris l’initiative d’en chercher un, et c’est là que ça devient totalement fortuit…je vous laisse raconter la suite…

Romain : C’est un peu comme sur Meetic, nous nous sommes retrouvés sur un site de rencontres (pour musiciens je précise). J’ai rencontré ces deux, puis ces trois gars quand Erwan est venu se joindre à la formation et moi j’ai ramené de mon côté un ami qui jouait de la guitare avec moi depuis des années. Au final, nous avons fini par trouver un clavier électro qui s’est joint à l’équipe.

Y-a-t-il eu des atomes crochus immédiatement ou vous êtes-vous beaucoup cherchés ? Comment avez-vous affiné votre style ?

Guillaume : Non, je crois qu’on a construit le projet tous ensemble. Effectivement, il y a eu très vite un déclic par rapport à ce qu’on faisait. Jérémy le manager du groupe et moi-même, bossions tous les deux à Oxford et nous avions eu la chance de rencontrer des groupes comme Youthmovie Soundtrack Strategies ou The Edmund Fitzgerald et un week-end, Erwan et Germain étaient venus assister au dernier concert mythique de The Edmund Fitzgerald, qui est devenu par la suite Foals. Donc c’était une formation où ils étaient trois, il y avait Yannis Philippakis à la guitare, une nana et puis Jack Bevan à la batterie. C’était vraiment du pur math-rock ! En gros leur truc c’était de reprendre du Steve Reich et de le refaire avec des guitares électriques à fond les ballons ! Il n’y avait pas de basse, ça ne chantait pas, c’était des rythmes de cinglé ! Enfin c’était très expérimental ! Je pense qu’à ce moment-là, nous avons reçu une claque de manière unanime. On s’est dit que la musique, ce n’était pas que de la pop, c’était aussi une inspiration un peu plus classique, si on allait par exemple du côté de Steve Reich ou bien de Slint, projet un peu plus barré du début des années 90, groupe dont nous ne connaissions pas l’existence à l’époque en France. Et puis, nous nous sommes tous beaucoup influencés, nous sommes également de gros fans d’électro, des gens comme Vitalic ou Jean-Michel Jarre. Ça été assez évident en fait !

Romain : Il n’y a pas eu de bataille au niveau de la direction artistique. Quand on a commencé tout au début, nous faisions des reprises et même à l’époque, il n’y avait jamais de discussions. Nous répétions sur des trucs très classiques, on jouait des standards du rock qui nous plaisait, du Led Zeppelin, du Radiohead… Après cette histoire d’Oxford, il y a eu un virage assez fort et là encore personne n’a râlé, dès qu’on a écouté les trucs qu’on nous avait ramené, il y a eu très vite l’adhésion de tout le monde !

Germain : Donc de là, une nécessité d’apprentissage de cette technique de jeu un peu particulière. Ça a pris une petite année pour s’approprier une manière de jouer, nous n’avions jamais expérimenté jusque-là ! La deuxième étape, c’est un concours auquel on a participé et qui s’appelle le Fallenfest. Un tremplin qui dure un peu moins d’une année avec plusieurs étapes de validation avec un public, un jury et qui s’est terminé à la Cigale au mois de juin 2008. On a remporté le concours ! Pour nous, ça été une deuxième étape assez importante, nous nous sommes dit qu’on pouvait pousser l’idée car jusqu’à alors on expérimentait autour de cette musique qui venait d’Oxford et qu’on venait de découvrir.

2008 est donc une année importante pour Sarah W.Papsun ?

Guillaume : Oui 2008, c’est vraiment l’année où on se dit qu’il y a cette brèche qui est ouverte par des groupes anglais. En France, à l’époque, c’était totalement inconnu, les prémices dans le maintream, c’était à la limite Franz Ferdinand ou Bloc Party qui commençaient un peu à faire des trucs. Nous on s’est très vite mis là-dedans et derrière ça, il y a deux années qui sont un peu difficiles, mais qui sont nécessaires pour tous les groupes. Deux années par lesquelles, on passe par des influences, donc potentiellement par du mimétisme. Notre premier EP qu’on assume totalement et qui s’appelle « Bye Bye Teacher », est dans le sillon de Foals, d’ailleurs on a souvent eu la critique, mais c’est plutôt quelque chose de positif pour nous. Ce n’est que depuis quelques mois et notamment par rapport au travail qu’on est en train de fournir pour l’album, qu’on a enfin le sentiment d’avoir digérer toutes nos influences et de dire que Sarah W.Papsun c’est du Sarah W.Papsun !

Je sais combien il est difficile de se définir en tant qu’artistes, mais peut-on parler d’influences post-punk teintées de math-rock pour les précisions des guitares un peu mathématiques ?

Guillaume : Pour nous, ce qu’on fait c’est de la pop compliquée. Il y a ce qu’on connait de la pop avec Coldplay, et la pop compliquée c’est ce qu’a pu faire Radiohead avec des trucs un peu alambiqués. Notre influence math-rock est évidente, ça vient aussi de là, on aime ces trucs assez bruts et assez fous au départ. L’influence électro est assez importante pour nous. Avec l’arrivée dans le groupe de Jérémy le clavier, on a eu cette volonté de recoller avec un truc plus électro pour pouvoir trouver une frontière entre les deux. Mais Sarah W. Papsun reste un projet rock.

Romain : Il y a des trucs dans notre musique dont nous nous sommes inspirés inconsciemment, sans le savoir, donc post-punk je ne sais même pas à quels groupes tu fais référence !

Par rapport aux comparaisons flatteuses avec Foals, justement comment réussir à sortir de ce carcan musical, maintenant que les gens vous attendent au tournant ?

Germain : Par des choix artistiques un peu différents ! Tout en gardant les inspirations qui étaient les nôtres, on a énormément cherché à épurer autour du jeu de guitare, ce qui est une analogie assez directe avec Foals. C’est pour cela qu’on a fait certains choix pour l’album qui va sortir. On a des rythmiques qui peuvent parfois sonner plus hip-hop, pour ainsi faire revenir d’autres influences qu’on avait un peu écarter le temps de s’approprier et d’assimiler toute cette musique oxfordienne. Je crois que ce temps-là est révolu, il fallait qu’on puisse y ajouter encore d’autres influences qui nous tenaient à cœur et d’autres envies. Tout ça aujourd’hui fonctionne très bien, en tout cas sur les maquettes et les premières mises à plat de l’album. On est très satisfait, il y a vraiment une alchimie de plusieurs horizons qui s’est mise en place. Donc c’est très naturellement qu’on va quitter cette analogie foalsienne. Sans regret, c’est le sens de l’histoire.

Comment parvenez-vous à faire ce grand écart incroyable entre une musique rythmiquement envoûtante et vos influences anglo-saxonnes clairement digérées ? Oxford a-t-il été l’élément déclencheur ?

Guillaume : Ce que je vais dire est peut-être un peu violent, mais je pense que la création venue de nulle part est compliquée, tu as besoin d’être éduquer, c’est valable pour tout ! Quand tu es habitué à aller dans un magasin de musique parce que c’est celui en bas de chez toi, ta culture musicale se fait en fonction et autour de leurs choix musicaux. C’est vrai qu’en France, il y a les histoires de quotas dans les radios avec les artistes français, il n’y a pas vraiment de grandes chaines musicales… Il y a M6 qui assume une programmation totalement mainstream, qui sortit de Madonna ou autre, n’a de la place que pour Raphael ou ce qu’on va appeler de la pop française. Pour nous, le déclic a été de voir que d’autres choses existaient, c’est comme cet enfant curieux qui est mis face à cette réalité « tiens il y a une autre voix qui existe, allons l’explorer, devenons curieux ! » Après l’idée est juste d’assimiler les influences de notre jeunesse. On a tous été de gros fans de Pearl Jam et de Radiohead, c’est unanime chez tout le monde. On aime aussi toute la scène électro-rock, Justice, Daft Punk, Phoenix ce sont des trucs qui pour nous, sont assez forts. Ce n’est pas pour rien que ça s’appelle la french-touch ! On veut essayer de prendre tout ces influences, de les mettre dans notre mixeur à nous pour les digérer et pour pondre la musique qu’on a envie d’avoir, tout en gardant cette fraicheur et cette spontanéité qu’il n’y a pas forcément chez les anglais. On est aussi influencé par l’environnement global !

Comment souhaitez-vous désarçonner et enchanter le public ?

Germain : L’envie de désarçonner le public est une évidence, c’est une volonté de base ! On ne veut pas aller plus vite par rapport à ce que nous sommes capable de faire. L’idée c’est vraiment de suivre ce processus qui nous a obligés de reprendre tout à la base. On a commencé réellement à jouer de la musique il y a trois ans et demi, auparavant nous faisions des reprises et nous avions des références extrêmement standards. Du coup cette ouverture d’esprit (qu’il a fallu assimiler) nous a fait reprendre la musique quasiment au niveau zéro. On a tout réappris, même dans la composition, maintenant cette phase est un peu derrière nous. On a voulu et c’était aussi l’objet de l’album, y ajouter ce qui se faisait de mieux en France actuellement, plutôt dans la partie électronique et rock aussi, il y a des trucs vraiment bons. On pioche partout ! Et on voulait ajouter cette spécificité en apportant quelque chose qui va sonner différemment, apporter une patte sans renier nos influences françaises qui sont aussi très bonnes. On ne veut pas courir derrière ce qui se fait en Angleterre ou aux Etats-Unis, j’espère que ça créera une sorte de décalage, ce sera intéressant !

Aimez-vous respecter les schémas de construction pop ?

Germain : On a clairement de l’ADN pop dans notre musique, on aime bien justement l’idée de mélange, cette alchimie…cet espèce de jonglage entre cette musique pop dansante et très directe pour le public et puis ces relents de musiques progressives, des niveaux de structure assez compliqués, des enchainements un peu périlleux, le tout entrecoupé de séquences beaucoup plus pop. On aime bien jongler avec tous ces univers-là, nous n’avons pas de complexes par rapport à ça, on ne cherche pas à « popiser » au maximum ou à rendre notre musique plus progressive.

Romain : Ce n’est pas tellement une question de construction, ce qui nous plait aussi dans la pop c’est quand il y a une jolie mélodie d’accords, quand elle est belle et que lorsque tu l’entends la première fois tu l’apprécies tout de suite. Après je ne dis pas qu’il faut faire les quatre mêmes accords qui ont déjà été repris par 50 000 types. C’est aussi ça la pop, une jolie mélodie où tu n’as pas besoin de t’arracher les cheveux pour la comprendre. Après, ça ne t’empêche pas avec de belles mélodies, de faire des structures qui sont pour le coup compliquées, de faire des arrangements et des choix de sons surprenants. Ce n’est pas contradictoire ! Je trouve dommage de mettre systématiquement en opposition les musiques travaillées, recherchées et compliquées avec les belles mélodies qu’on peut apprécier du premier coup. Le but c’est de ne rien s’interdire.

Comment fait-on pour créer cet assemblage musical audacieux digne d’un très bon cru ?

Germain : On commence souvent par travailler la rythmique, puisque on démarre les compos par la partie mélodique, c’est quelque chose qui arrive à posteriori. Il y a un travail sur la rythmique qui se fait d’abord, car on aime surtout l’énergie dans la musique. Après on vient y poser des ambiances, on travaille beaucoup les arrangements polyphoniques notamment, c’est pour ça qu’on a rajouté un clavier il y a maintenant deux ans, pour enrichir la musique. Puis arrive après ça la partie mélodique, avec le travail des voix et parfois des guitares. Donc voici notre processus de création et de composition des morceaux.

Donc vous portez un intérêt tout particulier pour les guitares en staccato d’une précision math ?

Romain : Souvent nos guitares ont une fonction rythmique, donc on est obligé d’avoir une vraie précision dans le son, car ce sont elles aussi qui apportent les petites syncopes et les petites subtilités qui font que la rythmique n’est pas toute droite. Donc nécessairement pour que tout ça fonctionne, il faut qu’il y ait une précision dans le son des grattes et dans les attaques, pour que ça créé une rythmique cohérente.

Germain : On a fait évoluer notre jeu sur l’album notamment et on ne compose plus de la même manière au niveau des guitares. Avant, nous avions une manière de composer assez proche de celle des groupes d’Oxford, aujourd’hui on travaille moins ensemble, un peu plus chacun de son côté.

Des beats complexes et entrainants au sens aiguisé de la construction, souhaitez-vous élevez la pop au rang d’art majeur ?

Romain : Je ne sais pas si on a beaucoup intellectualisé le côté pop de notre musique, je pense que c’est quelque chose d’assez naturel dans nos choix d’accords et dans les choix de mélodies du chanteur. Autant on a beaucoup réfléchi sur les rythmiques et sur la façon d’envisager les sons, autant les mélodies en elles-mêmes se sont faites très naturellement !

Germain : Comme le disait Snake, on voulait un peu quitter la pure énergie rythmique en allant fouiller vers des mélodies qui sortent de l’ordinaire, contrebalancé par moment par les voix, le chant, une ligne de synthé, ça c’était hyper important ! Avant même d’enregistrer un album, c’était vraiment notre objectif.

De quels groupes français vous sentez-vous proches ?

Germain : On se sent proche de groupes comme im takt qui font partie des trucs qu’on aime bien écouter. Juveniles, leurs sonorités font référence à une époque qu’on aime moins, mais ce sont de bons mélodistes. La scène électronique avec Mr Nô par exemple qui fait des trucs biens. Concrete Knives, Quadricolor aussi…

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